Mathieu Renault, numéro 1 à bord de Courrier Dunkerque, vainqueur de l'épreuve l'an dernier. Parisien d'origine, il est installé à Saint-Alban depuis l'année dernière. Considéré comme l'un des meilleurs n°1 Français, il a, à 32 ans, 4 tours de France à son palmarès, 2 titres de champions de France de match-racing. Actuellement 14e au classement mondial de match racing avec l'équipage de Pierre-Antoine Morvan.
Quel est le rôle du n°1 sur le bateau ?
Faire les manoeuvres en étant affecté aux changements de voile. Mais on s'occupe aussi de tous les à-côtés, comme monter dans le mât ou regarder sous la coque. Sur les manoeuvres de départ, on doit aussi lancer le barreur, en lui annonçant la distance qui nous sépare de la ligne. Voilà pour le travail de base du n°1.
Ce qui veut dire ?
Qu'avec l'expérience, le n°1 doit développer un travail de coordination avec le tacticien. Il doit regarder en permanence l'évolution du vent et des vagues, pour anticiper les manoeuvres, préparer les voiles. Ça implique d'être toujours conscient de l'endroit où on se trouve et de ce qui va se produire.
Par rapport à un n°1 amateur qui regarde sans cesse ses drisses, moi je dois toujours savoir où elles sont, où sont les écoutes. Je m'interdis même d'utiliser une lampe en pleine nuit, y compris pour regarder le mât ou pour chercher une voile à l'intérieur du bateau. Le n°1 amateur pense que son boulot se borne aux manoeuvres, mais c'est loin d'être le cas.
Quelles sont les qualités requises pour un n°1 ?
Anticipation, rigueur, observation...
Comment en arrive-t-on à se spécialiser de la sorte ?
Pour moi, ça remonte au sport-étude. À Pornichet, ça a été ma première formation. Comme je fais aussi beaucoup de match-racing, où il y a un équipier en moins, j'ai aussi appris à beaucoup « tactiquer ». À bord de Courrier Dunkerque, Daniel Souben (ndlr, le tacticien) aime quand je l'aide à prendre des décisions. J'essaie aussi d'élargir mes compétences aux réglages, du spi et de la grand-voile notamment.
On vit bien de ce poste de n°1 ?
On peut, oui. Mais ce n'est pas trop mon cas. À part des projets comme la Coupe de l'America ou de multicoques, plus on est bien payé moins c'est intéressant sportivement. Ce n'est pas ce que je recherche.
Et la course au large, la spécialité française, ça ne vous tente pas ?
Comme tout le monde, j'ai rêvé tout petit de Vendée Globe. Aujourd'hui, je ne sais pas où me situer par rapport à ça. J'ai failli faire la Transat en double, mais je n'ai pas réussi faute de sponsors. À moins d'être « un fils de », la course au large implique de tout lâcher, de vivre de rien pour y arriver. Or, moi, les relations publiques et la recherche de sponsors ne m'attirent pas. Je suis même carrément nul dans ce domaine.
Votre quotidien, c'est aussi de nombreux voyages à travers le monde. Est-ce quelque chose qui vous tient à coeur ?
Franchement, on n'y prend pas beaucoup de plaisir. C'est vrai, on va dans plein d'endroits, les Bermudes, la Malaisie, le Brésil... On connaît très bien les aéroports, les ports, mais beaucoup moins les pays. Quand on a du temps, c'est qu'on a été éliminé prématurément. Et là, on est tellement vert qu'on n'a pas la tête au tourisme. Et puis, les gens avec qui on navigue ne sont pas forcément ceux avec qui on a envie de passer des vacances. On a eu cette discussion récemment avec mes partenaires de match-racing. La voile permet de nouer des relations avec des gens à qui on n'aurait même pas adressé la parole.
Un mot sur ce Tour de France. Qu'est-ce qui vous plaît dans cette course ?
Il y a un truc que j'aime bien, c'est la progression des équipages amateurs au fil de l'épreuve. Au départ, la différence est nette par rapport à nous. Mais, au bout d'un mois, les étudiants ont gommé pas mal de différences, et ils atteignent un niveau largement supérieur à tous les régatiers lambda.
Renaud PELARD.
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L'avis de course en anglais est disponible sur le site.
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