Philippe, quelle est la genèse de cette nouvelle série d’aventures ?
J’ai été le précurseur de toutes les grandes navigations, avec les premiers tours du monde en solitaire en multi, la route de l’or, la route du thé, le tour du monde à l’envers en monocoque… Il y a eu l’intermède Sopra (trimaran de 60 pieds de la classe Orma, NDLR) pendant lequel j’ai pas mal galéré et dont j’ai eu un peu de mal à me remettre… Ensuite, j’ai fait naviguer des gens, dont je n’ai pas eu beaucoup de remerciements à part Anne Liardet. Donc, j’ai décidé de m’occuper un peu de moi.
Pourquoi ce bateau-là ?
Ce qui m’intéresse avec celui-là, c’est qu’il a été conservé en parfait état. Il y a deux ans, j’avais déjà monté un projet pour effectuer le premier tour du monde à l’envers en multicoque, et jeté mon dévolu sur lui, car c’est le seul qui peut le faire, mais je m’étais fait souffler le bateau sous le nez, il avait été vendu à Oman. J’ai patienté, en me disant qu’Oman Sail le revendrait peut-être. Ça a été le cas, j’ai donc trouvé un partenaire qui m’a donné le budget pour le racheter. Ce qui m’intéresse d’abord dans ce bateau est qu’il est simple. Au regard du programme envisagé, je ne vais pas aller à la recherche du petit truc qui va me faire aller plus vite.
J’ai besoin d’un bateau fiable, qui ne me pose pas trop de problèmes, et qui ne soit pas trop grand non plus. Le mien n’a pas de mât basculant, pas de foils… Quand je regarde Francis Joyon, qui est une armoire à glace, je sais lorsqu’il part dans le bon sens qu’avant le Horn, il n’aura peut-être que trois empannages à faire, et cinq manœuvres de voiles. Ce qui permet un bateau surdimensionné, car sur ce parcours on peut dans l’absolu tout faire sur un bord. Ce sur quoi je m’engage est très différent, le temps est tout le temps changeant, contre les dépressions, avec beaucoup de manœuvres à effectuer, je ne peux donc pas me permettre d’avoir un trimaran géant du genre qui épuise en manœuvre. Les forces ne sont même plus humaines. Même un super-costaud va au tas.
Financièrement, comment s’est opéré le rachat ?
C’est un ami mécène, un passionné, qui l’a financé, je le rembourse sur cinq ans au fur et à mesure où je trouve des partenaires. Le bateau était à vendre 1,250 million d’euros, Oman a fait un geste. De toute façon, même sans sponsor, je fais le Rhum. Mais si une entreprise veut le nom du bateau, il l’a pour 400 000 €. Et il y a d’autres formules, les bras de liaison à 150 000 €, le mât à 130 000 €, la bôme à 100 000 €. Je pense que c’est intéressant. Construire un gros bateau coûte cinq à six millions d’euros, et en sortie de crise économique…
Quand naviguerez-vous avec ?
Je récupère le bateau le 24 mai en Oman, l’idée est de me faire escorter par la Marine française pendant 300 à 400 milles car les parages sont peu fiables, et fin juin je serai à La Ciotat avant d’aller à Lorient. Pour le Rhum, je vais le laisser dans sa configuration. Après, j’effectuerai quelques petites bricoles d’équilibre pour l’adapter à un parcours plus typé près. C’est un bateau qui est actuellement très typé portant, et qui est donc un peu basculé vers l’arrière. J’ai déjà vu ça avec son architecte, Nigel Irens, de façon à le remettre dans des lignes plus sur l’avant. C’est une intervention sur les flotteurs et la coque centrale qui n’est pas très compliquée. C’est évidemment en vue du tour du monde, et le programme suivant.
Pour ce tour du monde à l’envers, sur quel timing vous engagez-vous ?
La Route du Rhum me servira de prise de contact avec le bateau. Car après, je m’attaquerai au tour du monde à l’envers. Je vais le préparer tranquillement l’année prochaine, pour un départ à l’automne 2011. Je prévois de partir avec 99 jours de nourriture. En monocoque (un peu plus de 151 jours, NDLR), je n’étais pas allé vite. Je m’étais déjà pris une semaine dans les gencives entre l’équateur et le Horn avec des conditions pourries, et, après, ça avait été de la galère tout le temps, catastrophe complète au Sud, à Bonne Espérance, au pot au noir…
Qu’est-ce qui vous motive à partir sur un truc pareil ?
C’est vraiment une histoire d’envie. Sur mon tour précédent, j’en avais vraiment bavé, et là, ça m’a repris. Comme j’ai été pionnier dans tous ces trucs, avec Kriter en 1986 qui pesait 14 tonnes et mesurait 24,50 m (son nouveau bateau pèse moitié moins pour 23 m, NDLR), à défricher pas mal de choses, finir par un tour du monde à l’envers en multicoque est un peu une manière de boucler la boucle. D’étudier de quelle manière m’y prendre. C’est l’intérêt d’une première, comme en montagne lorsque l’on tente de passer par une face que personne n’a encore empruntée.
Au-delà du tour, vous affichez un programme ambitieux…
Il consiste à partir sur tous les records existants sur des parcours historiques et consistant à en établir de nouveaux, pour amener la course à la voile un peu partout dans le monde. Je ferai Monaco - New York, New York - San Francisco, Los Angelès - Honolulu, Honolulu - Tahiti, Tahiti - Melbourne, le tour de l’Australie, celui de la Nouvelle-Zélande, Auckland - Tokyo, tour du Japon, Tokyo - Calcutta, Calcutta - Cape Town, Cape Town - Doha, Doha Shanghaï, Hongkong - Londres, Londres - Saint-Petersbourg… Tout cela en trois ans.
Recueilli par Olivier Clerc.
Continuité ?L'assemblée générale de la Société nautique de La Trinité (SNT) se déroule ce vendredi soir à La Trinité. Dans son...
Régine Ermel, directrice des relations publiques de Ouest-France, et Jean-Pierre Blavec, président de la Société nautique de La...
Quatorze participations au Spi Ouest-France Intermarché, et toujours le même plaisir. Après quatre jours de course, Jérôme Anger,...
Pour leur première régate ensemble, ils s'offrent une belle récompense : la victoire dans la série des J 80. Morgan Riou et ses trois...
Clémentine Guillerot et ses dix équipiers du Clematophlou se détendent sur le port après la dernière épreuve : « On est fatigués...
L'avis de course en anglais est disponible sur le site.
Nicolas Troussel sur le M 34 Bretagne Crédit Mutuel Elite espère faire son retour à l'occasion du Spi Ouest-France Intermarché en avril.
Après un entrainement à l 'Ecole Nationale de Voile , un équipage de jeunes chinois participera au prochain Spi Ouest-France Intermarché à la Trinité sur Mer en J 80.