Record. Cammas glisse Groupama 3 dans un trou de souris
lundi 01 février 2010
Franck Cammas et son équipage ont profité d'une légère amélioration météorologique pour larguer les amarres.Yvan Zedda/Groupama
De façon totalement imprévue, Franck Cammas et son équipage ont largué les amarres hier.La météo n'est pas idéale, mais le temps pressait.
Vendredi dernier encore, Sylvain Mondon, prévisionniste à Météo France affecté aux analyses pour Groupama, assurait qu'aucune fenêtre météo digne de ce nom ne permettait à l'équipage d'envisager un départ dans les jours à venir. « On refait un point lundi », annonçait l'homme qui lit dans le ciel et décrypte les fichiers. Alors hier, l'annonce à 8 h du passage en code vert du bateau, soit le blanc-seing pour le départ autour du monde, a pris de court tout un chacun. « C'est un départ en catimini, atteste Lionel Lemonchois, embarqué en tant que barreur. Ce n'était pas prévu il y a deux jours, et samedi matin, la situation météorologique a évolué positivement. Mais ça ne va pas être simple... »
Pas simple, doux euphémisme que celui employé par l'un des codétenteurs depuis 2005 du Trophée Jules-Verne avec Bruno Peyron en 50 jours 16 h 20'4''. La porte s'est entrebâillée durant trois heures. Un trou de souris, que Franck Cammas ne pouvait se permettre de laisser passer, lui qui avait annoncé renoncer à toute tentative après le 5 février. Ensuite, le temps de revenir à la maison, et c'était la mise en configuration solitaire du maxi-trimaran pour la prochaine Route du Rhum qui risquait de ne plus être possible dans des conditions optimales. « Ce n'est pas une fenêtre que nous aurions choisie en début de stand-by parce qu'elle est un peu risquée, mais, à ce jour, nous ne voyons pas d'autres opportunités dans les deux semaines à venir », note le skipper.
C'est la troisième fois que le marin tente l'aventure. Les deux précédentes s'étaient soldées par des casses rédhibitoires. Cette fois, ça passe, où ça s'arrête. Définitivement. Et dès aujourd'hui, on saura si cette dernière opportunité mérite d'être poursuivie. Au Cap Finisterre, le risque que la porte se referme devant les étraves du géant vert n'est pas nul. Deuxième trou de souris espéré. Pour dompter le premier obstacle, Groupama 3 devait franchir la pointe espagnole avant ce matin, c'est-à-dire avant l'arrivée de l'anticyclone.
« Il y aura ensuite une dépression au niveau de Madère, à contourner par l'Ouest, puis le franchissement d'une dorsale anticyclonique entre les Canaries et le Cap-Vert où les alizés s'installent durablement, détaille Mondon. Il y aura donc pas mal de manoeuvres à effectuer, mais la trajectoire est plutôt rectiligne... » Et derrière, les marins entretiennent l'espoir que les alizés se rétablissent correctement au large du Sénégal pour les porter vers l'équateur. Objectif : l'atteindre en cinq jours et demi. Pas gagné, mais jouable. Sinon, la décision de partir aurait perdu tout son sens.
Olivier CLERC.